Comment travailler dans la vente et le commerce quand on n’a pas d’expérience ?

Par Rozenn Perrichot | 

Le secteur de la distribution et du commerce devrait être l’un des plus créateurs d’emplois pour les dix prochaines années, avec toujours une grande majorité de CDI (environ 85 %) à la clé. Une conjoncture qui encourage les recruteurs à s’entourer de profils atypiques.

Dans son enquête annuelle sur les besoins de main d’œuvre des chefs d’entreprise, Pôle emploi recensait plus de 290 000 projets d’embauche en 2018. Des opportunités loin d’avoir été toutes pourvues, dans un secteur où les difficultés à recruter concernent un tiers des offres. Et 2019 ne devrait pas déroger à la règle.

Des candidats trop rares aux postes

Même si les nouvelles habitudes de consommation viennent un peu bousculer les espaces de ventes et les missions des salariés, les métiers traditionnels présents en magasin restent encore très recherchés par les recruteurs. « Nous sommes mobilisés au quotidien pour trouver de bons profils commerciaux, que ce soit pour la conquête de nouveaux clients ou leur fidélisation » rapporte Hélène Siri, responsable du développement RH chez bofrost* France.

Même dynamique au sein des magasins BUT. Laurence Payet, chargée de recrutement, en témoigne : « Nous recherchons des postes opérationnels pour nos magasins sur tout le territoire national : directeurs de magasin, chefs des ventes, vendeur, chef de dépôt, hôte de caisse, etc. ». Mais pour cette enseigne spécialisée, le métier phare reste celui de concepteur cuisine, « un métier d’avenir mais très peu connu », déplore-t-elle. Les (trop rares) candidats à ce poste ont en effet tendance à s’orienter vers les cuisinistes traditionnels et ne pensent pas toujours aux multi spécialistes tels que BUT et consorts.

Des recrues aux parcours de plus en plus atypiques

Le secteur du commerce représente aujourd’hui en France plus de 3 millions d’emplois. Dans la branche distribution, principal moteur du secteur offrant au passage des perspectives de carrière intéressantes et variées, 42 % des salariés ont moins de 35 ans, dont 83 % en CDI. Des salariés dont le parcours est de plus en plus atypique : logistique, animation, hôtellerie-restauration, communication, mais aussi services à la personne ou domaine du sport… « Il n’est pas nécessaire d’avoir suivi des études dans le domaine du commerce pour réussir chez Bofrost*. Notre métier est avant tout humain, il faut aimer les gens et le contact client. Ce qui nous intéresse c’est donc la personnalité des candidats. Peu importent leurs horizons, chacun peut s’épanouir, découvrir une vocation, révéler son potentiel commercial » indique Hélène Siri.

Les métiers du commerce et de la vente n’étant pas suffisamment attractifs auprès des jeunes diplômés, les moyens déployés par les enseignes pour les attirer sont donc nombreux et méritent qu’on s’y intéresse : ouverture des postes à des candidats sans expérience, hausse des salaires, accès rapide à une fonction managériale à responsabilités… Denis Graveleine, directeur de la formation chez BUT, explique ainsi comment ils ont ouvert une classe Cuisine à Fougères, près de Rennes, en partenariat avec l’Institut de Formation de la Chambre de Commerce d’Ille-et-Vilaine. Grâce à cette initiative, qui permet d’apprendre un métier « vite et bien », de nouveaux collaborateurs ont été embauchés dans les magasins de la région pour suivre une formation en alternance avant de devenir concepteurs cuisine. « Nous avons désormais la capacité à embaucher des candidats sans expérience ni diplôme ».

Des candidats « parfois surpris de l’intérêt réel que nous portons à leur offre de collaboration, ajoute Mme Siri, nous leur expliquons en entretien que les opportunités de carrière sont nombreuses car ils vont bénéficier d’un accompagnement structuré et d’un parcours de promotion interne. Ils sont rassurés et motivés pour tenter l’aventure même sans diplôme ».

La motivation comme accroche de CV

Mais, aussi tendus soient les recrutements dans le commerce, les candidats doivent tout de même passer par la case CV, et franchir l’étape de la sélection. Difficile quand on est en dehors des clous. Ainsi, Laurence Payet a revu sa manière de parcourir un CV. « Nous portons aujourd’hui notre attention sur le projet professionnel de la personne, l’intérêt pour le métier et sa motivation à rejoindre notre enseigne et à travailler en relation avec une clientèle ». Chez bofrost*, les recruteurs sont également attentifs aux passions et aux loisirs, notamment le sport. « Nous cherchons des battants qui ne s’arrêteront pas au premier obstacle ! ».

La lettre de motivation, qui a trop souvent tendance à disparaître, reste également prisée des RH. « Pour un futur commercial, cet effort témoigne de sa détermination, de sa capacité à aller au-delà du minimum requis. De là à imaginer que le candidat mettra tout en œuvre pour atteindre ou dépasser ses objectifs, il n’y a qu’un pas », poursuit Hélène Siri.

Par ailleurs, les parcours d’intégration et de formation étant de plus en plus performants pour retenir les talents, les employeurs misent sur la volonté d’apprendre des candidats. Une qualité devenue un véritable buzz word ces dernières années, et qui pourrait déterminer la suite de votre carrière si vous envisager de vous reconvertir ou d’évoluer.

« Soyez sincère, parlez de vous, de ce que vous savez faire mais aussi de ce que vous aimez faire, avec enthousiasme ! Vous nous donnerez envie de vous connaître encore davantage. Ce sera la preuve que vous pourrez convaincre aussi les prospects et les clients », conclut Hélène Siri.